La chapelle de Sales, lieu de naissance de Saint François, proche du château de Thorens.
UN SAVOYARD D’UNE INALTÉRABLE MODERNITÉ
400ÈME ANNIVERSAIRE DE SA MORT

QUI ÉTAIT SAINT FRANÇOIS DE SALES ?
Né au château de Sales en 1567, à Thorens, François est l’aîné de la fratrie, et ses parents nourrissent de grandes ambitions à son égard.
Il est envoyé à l’école de La Roche-sur-Foron, puis au collège à Annecy, au collège de Clermont chez les jésuites à Paris, et enfin à l’université de Padoue en Italie, où il obtient un doctorat en droit, davantage pour plaire à son père, car lui se passionne surtout pour la théologie, qu’il étudie en plus de ses cours.
À son retour en Savoie, en 1592, il affirme ses ambitions de devenir un homme d’église. Il deviendra chanoine, puis prêtre et prévôt de Genève. Nommé enfin évêque de Genève en 1602, il ne pourra jamais prendre possession de son siège, la ville étant devenue « La Rome des calvinistes », et il restera en résidence à Annecy. Homme d’église mais surtout humaniste, diplomate, d’une extrême intelligence et d’une grande sagesse, sa ligne de pensée rayonne encore aujourd’hui dans le monde entier. À sa mort, son ouvrage « La vie dévote » avait déjà été traduite dans une vingtaine de langues.
Pour avoir été précurseur en distribuant des tracts afin de communiquer avec les érudits, François de Sales sera décrété Saint patron des journalistes et des écrivains par l’église. Il est également patron des sourds et muets, car il avait pris sous son aile et instruit un jeune homme atteint de ce handicap.
L’OUVERTURE
Pour François de Sales, le savoir et la culture représentent le 8ème sacrement. Il fait preuve d’une ouverture d’esprit hors du commun et combat l’obscurantisme : religion mais aussi sciences, lettres, mathématiques, philosophie, géométrie, avec lui il n’y a pas de domaine réservé ou tabou ! Tout ce qui est de l’homme l’intéresse, et c’est dans le savoir qu’il voit Dieu, la création, la foi.
Quand la Savoie est devenue française en 1860, un journaliste est venu faire un reportage. « Mais avant de devenir français, vous parliez quelle langue ? »,« Mais monsieur, on ne parlait pas ! » a répondu l’interviewé. On pourrait presque dire aujourd’hui que les Français parlent le savoyard, parce que le premier qui a écrit un principe de grammaire en langue française est un savoyard, Vaugelas, le fils du président.

L’Académie Florimontane
« Faire fleurir l’esprit dans les montagnes de la Savoie », telle est la signification du nom inventé pour cette académie que François de Sales fonde en 1606 avec Antoine Favre, président du Sénat de Savoie. Le but de cette institution est de réunir tout une élite intellectuelle pour réfléchir et débattre sur toutes sortes de sujets ! Leur premier sujet « S’orienter dans la navigation avec les étoiles » n’est pas religieux, bien que ces intellectuels soient tous des hommes de foi profonde. Fait particulièrement remarquable pour l’époque, lorsqu’ils avaient terminé la séance ils organisaient une conférence sur la place publique d’Annecy pour transmettre leurs conclusions, leur savoir aux gens « du peuple ». La devise de la Florimontane, « Flores fructusque perennes » (Toute l’année des fleurs et des fruits) en dit long sur l’ambition de cette entreprise.
Avant-gardiste
Ce qui est fondamental pour François de Sales c’est l’éducation. Il dit que « La foi et la raison sont deux sœurs jumelles qui doivent marcher en se tenant par la main ». Il fait venir des religieux spécialisés dans l’enseignement depuis l’Italie, les barnabites (de l’église St Barnabé à Milan) et c’est avec eux qu’au collège d’Annecy, il fera installer des presses à imprimer dans les salles de classe pour que les enfants apprennent à communiquer de cette façon.
Il l’a expérimenté lui-même alors qu’il allait distribuer des tracts aux habitants protestants de Thonon, afin de les convertir au catholicisme. Dans ce collège d’Annecy, un barnabite enseigne même aux élèves les théories de Galilée au moment où l’on fait son procès à Rome !

« Soyez ce que vous êtes, et soyez-le bien. »
L’Ermitage Saint-Germain
Saint Germain, avant d’être ermite, a été le fondateur du monastère de Talloires. A la fin de sa vie il s’est retiré et dans le monastère c’est devenu l’anarchie complète… On dit que « Les moines avaient perdu la clé de la bibliothèque mais qu’ils avaient le plus gros tonneau de la Savoie dans leur cave. » Saint François de Sales a réformé le monastère et c’est lui qui a relancé le culte de Saint Germain. Il a fait exhumer ses reliques et construire une église, attirant de nouveau les pèlerins vers ce lieu saint.
François de Sales avait décidé de se retirer pour finir ses jours dans ce lieu mais il décèdera trop tôt, en 1622, en pleine mission diplomatique.
Humain et humaniste
D’une modernité extraordinaire, Saint François de Sales a une vision de l’homme complète, dans toutes ses dimensions. Ce n’est pas un religieux qui vit déconnecté de la vie. Pour lui rien n’a de sens si ce n’est pas vécu au quotien. Il n’est pas dans l’esprit des privations, ne vit pas comme un ascète. Il est convaincu qu’il faut jouir de la vie, être toujours bien, mais jamais dans l’excès. Sa devise témoigne de cette ligne de conduite :« Nec plus, nec minus » (Ni plus, ni moins).
« Soyez ce que vous êtes et soyez-le bien »
François de Sales voyait deux obstacles majeurs à l’harmonie du monde : l’ignorance et les gens qui ne s’aiment pas eux-mêmes, qui essayent de donner aux autres une image qui n’est pas eux, rendant impossible toute relation sincère. S’aimer c’est s’accepter, une pensée qui résonne particulièrement dans le monde d’aujourd’hui. À Annecy, au XVIIe siècle, convier la population à venir écouter des intellectuels était résolument moderne. D’autant plus qu’ils se mettaient à la portée du peuple, s’adaptant à leur parler.
Un fin diplomate
Malgré son charisme et ses talents d’orateur, François de Sales était un homme très émotif et coléreux, qui a dû faire un travail sur lui-même. Pour un rien il rougissait jusqu’à la racine des cheveux ! Il a écrit que son plus grand combat était contre lui-même. Il s’est avéré un diplomate redoutable, faisant preuve d’intelligence et de fermeté sans jamais rien imposer par la force. Une main de fer dans un gant de velours ! C’est un homme qui savait parler et écrire, et d’emblée avec lui la relation était facile, que ce soit avec les gens du peuple ou face au roi de France. Le duc de Savoie l’a apprécié quand il était jeune prêtre et qu’il a converti tout le Chablais à la foi catholique. Il va donc le charger de missions diplomatiques. Il est envoyé vers le roi de France pour convertir le pays de Gex, devenu également protestant. Il subjugue Henri IV, qui aimerait le garder à Paris, même si au final cette mission est un échec. Plus tard, il est envoyé à Paris par le Duc de Savoie pour négocier une alliance avec la France, qui se concrétise par le mariage de l’héritier du trône de Savoie avec la sœur du roi de France. Il mourra même en pleine « mission », envoyé encore par le Duc de Savoie pour débattre avec le Roi sur différents sujets majeurs.
La spiritualité incarnée dans l’homme
« Une demi-heure de méditation est essentielle sauf quand on est très occupé. Alors une heure est nécessaire. »
Pour Saint François de Sales la spiritualité s’est incarnée dans l’homme. Elle n’est ni à part, ni au-dessus. « Ne cherchez pas à être quelqu’un d’autre, acceptez-vous tels que vous êtes. » est un précepte qui guide ses actions.

La reconquête par la douceur
C’est l’époque des guerres de religion. En France on s’entretue entre protestants et catholiques. François de Sale est chargé de convertir les protestants du Chablais, il va à Genève pour rencontrer le successeur de Calvin, Théodore de Bèze, et au lieu d’entrer en conflit, il discute avec lui pour essayer de trouver les points sur lesquels ils pourraient s’entendre. Sa mission sera un succès et le Chablais redeviendra catholique. Durant ces années, c’est la débâcle dans de nombreux monastères. On dit par exemple du couvent de Sainte-Catherine dans le Semnoz que c’est « un couvent ouvert à tous : aux hommes pour entrer, et aux femmes pour sortir. » Saint François de Sales, en bonne intelligence, sait qu’avant de convertir des protestants il faut se montrer irréprochables. Aux chanoines de Genève il déclare : « Il faut reconquérir Genève. Pas par la poudre, mais par l’amour. Mais il y a un aqueduc qui infecte Genève, et qui vient des monastères de la Savoie. Et c’est nous les prêtres indignes qui sommes la cause de la réforme protestante. ». En résumé, il leur dit qu’il faut que l’on commence par faire le ménage chez nous… et c’est ce qu’il fera ! Il ferme notamment le prieuré de Contamine sur Arve pour en donner les revenus aux barnabites et financer l’enseignement. Ailleurs comme à Talloires, il réussit à réformer, non sans peine. Le prieur qu’il installe à Talloires manque de se faire assassiner à coups de pistolet par les moines !
Un souffle nouveau avec les Visitandines

« Tout par amour, rien par la force »
En 1604, Saint François de Sales rencontre la baronne Jeanne de Chantal, mère de la marquise de Sévigné. Entre eux s’établit une grande amitié spirituelle. C’est ainsi qu’elle vient s’installer à Annecy et fonde avec lui l’ordre de la Visitation Sainte-Marie. Saint François veut créer quelque chose de nouveau, un monastère qui soit ouvert à toutes les femmes, mêmes celles qui sont refusées dans d’autres ordres, qu’elles soient âgées, malades, non éduquées… Son idée est également celle d’une vie religieuse modérée, sans jeûne spectaculaire, sans lever à 3h… Il veut ainsi insister sur la véritable ascèse qui est intérieure. Il tentera même de laisser sortir les religieuses du couvent pour qu’elles puissent aller visiter les pauvres et les malades, mais à l’époque le droit canonique ne le permet pas. Les sœurs resteront cloîtrées, mais Saint François ne se révoltera pas contre l’église. L’ordre de la Visitation sera une avancée importante dans la religion et de nombreuses jeunes filles seront éduquées dans l’esprit de Saint François de Sales.
Saint François de Sales sera canonisé en 1666, 40 ans après sa mort. Il y a de nombreuses congrégations dans le monde entier qui se rattachent à sa spiritualité et à son humanisme, et aussi de nombreuses églises qui lui sont dédiées, comme la cathédrale de Chambéry ou la paroisse Saint François de Sales dans les Bauges. Aujourd’hui, la fondation St François de Sales a pour mission de diffuser sa pensée afin qu’elle devienne une guidance spirituelle. C’est une fondation d’ouverture, qui accueille tout le monde, à l’image de cet homme remarquable.
Remerciements à :
CHRISTIAN REGAT, historien, journaliste, guide-conférencier Président de l’Académie salésienne, membre de l’Académie florimontane.
Auteur de nombreux ouvrages dont « L’Histoire de l’Abbaye de Tamié. Depuis 1132 jusqu’à aujourd’hui. »(disponible à l’Abbaye de Tamié et à La Procure)
THIERRY D’ASNIÈRES DE VEIGY, écrivain passionné d’histoire et de généalogie Auteur de « l’Encyclopédie de la noblesse savoyarde » (Armorial et nobiliaire de l’ancien Duché de Savoie » (6 volumes à venir – Le 2e est en pré-commande : thierry.davd@mt2d.fr)
FONDATION HÉRITAGE SALÉSIEN Fondation internationale Saint François de Sales